dimanche 13 décembre 2009

De la neige sur mon costume noir

En sortant de l'opéra hier soir, quelques flocons de neige sont venus orner mon étoffe de velours. Nos amis les tchèques sont chicissimes dès qu'il s'agit d'aller écouter de la grande musique. Je n'ai pas eu à me mettre au diapason puisque c'est aussi mon habitude. Et rien que cette semaine, par trois fois j'ai du sortir mon attirail de gentil garçon propret. Ces concerts méritent un petit compte-rendu.

La série musicale de décembre a mal commencé avec un Messie de Händel plus ou moins massacré. L'orchestre baroque (dont j'ai oublié le nom) était honorable quoique les cordes étaient toujours fausses dans les aigus. Par contre, il y avait à boire et à manger chez les chanteurs. Le ténor se la jouait Luis Mariano, la basse avait encore quelques moyens mais la voix était vieillie, la soprano dans une horrible robe cyan faisait son rossignol et savonnait allégrement les vocalises tandis que l'alto était inaudible. J'ai écourté ce doux massacre en m'éclipsant à l'entracte.

Le soir suivant reste un souvenir plus plaisant. J'ai écouté l'orchestre symphonique de Prague dans la somptueuse salle Smetana de la Maison Municipale. J'ai allégrement profité des rangs clairsemés pour me replacer très avantageusement (derrière un couple de français, il y a comme un magnétisme linguistique faut croire) et profiter pleinement d'une suite algérienne de Saint-Saëns bien enlevée et fort divertissante. Le concerto en mi mineur de Chopin m'a ensuite agréablement bercé. Les défauts de l'écriture étaient largement transcendés par la lecture charpentée, virile et enthousiaste de Demidenko. Le piano était un peu noyée dans l'immense acoustique de la salle mais il ne manquait pas de poésie. La seconde partie était consacrée à une symphonie d'un obscur compositeur contemporain tchèque. Bruyante et répétitive, elle a fait fuir petit à petit les auditeurs. J'ai pris un malin plaisir à applaudir à tout rompre à la fin alors que les gens s'empressaient de quitter les lieux...


Et samedi soir donc, dans le très cossu et intime Théâtre des Etats, Rinaldo de Händel dans la très belle production de Louise Moaty et de Vaclav Luks (Collegium 1704). Je conseille à tous ceux qui habitent Caen et qui aiment l'opéra baroque d'aller voir les représentations qui seront données en avril. C'est en effet du très bel ouvrage avec une mise en scène typiquement baroque mais simple et efficace. L'éclairage à la bougie est diablement bien pensé et vivant (pas comme chez Lazar où il a tendance à être monotone et monochrome). Les chanteurs pour la plupart tchèques se débrouillent plutôt bien avec l'italien (j'ai aimé le cocasse d'écouter des tchèques chanter de l'italien et de lire des sous-titres en anglais...) et sont plus qu'honorables. Les rôles titres d'Alminera, Rinaldo et Armida sont parfaitement campés scéniquement et vocalement. Les costumes, dans l'inspiration d'époque, sont très jolis et parent certains musiciens intégrés à la mise en scène (trompettes, qui, c'est à signaler, ne canardent pas trop et flutistes). L'orchestre, un peu réduit à mon goût, ne démérite pas (cordes et basse continue parfaites) malgré un premier hautbois un peu faiblard et un percussionniste pas toujours très inspiré pour simuler les orages et les vents. Enfin, la cohésion de l'ensemble est magistralement assurée par Vaclav Luks dont la direction tout en finesse et en hauteur de vue ne laisse d'impressionner.

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