mercredi 25 novembre 2009

Feuilleton: "Les joies de la colocation" (Chapitre 2)

Andrea et moi avons été d'abord frappés de stupeur à la vue de ce qui nous était présenté comme notre nouveau colocataire. Presque une bête, indescriptible, mais essayons tout de même: un mélange des attributs d'un saltimbanque, d'un croque-mitaine et d'un scélérat. Une force de la nature habillée, du moins vêtue, d'un pantalon couleur caca d'oie en velours élimé, d'un pull lui aussi verdâtre miteux et mité et d'une paire de chaussures hors d'âge. Le seul élément de modernité de son accoutrement se nichait dans ses lunettes: éminemment actuelles et "design".

Puis, très vite, un autre de nos sens a été sollicité: l'odorat. Fallait-il que notre énergumène n'ait pas pris de douche depuis quelques temps pour nous gratifier d'un si plaisant fumet... Pour être exact, c'était un mélange de crasse et de nicotine.

Pour faire bonne figure, nous imaginions jusque là que nous allions vivre avec un tchèque (je plaisante... si peu...). Mais nos sourires crispés se sont glacés quand il a fallu surmonter une terrible épreuve: serrer la main de notre homme. Qu'il ait préféré regarder le sol plutôt que nos mines déconfites et répondre à notre bonjour faussement enthousiaste en maugréant, soit. Mais qu'il ait englué notre main jusqu'au tréfonds de ses pores par la simple pression de la sienne, c'était déjà beaucoup plus problématique.

Soyons clairs: nous avions affaire à ce qu'on appelle communément, en France, un porc. Nous tentions encore de faire fi de tous ses traits disgracieux quand l'horreur intellectuelle s'est ajoutée à l'horreur physique.

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