lundi 23 novembre 2009

Feuilleton: "Les joies de la colocation" (Chapitre 1)

Au commencement, j'avais deux colocataires: une brésilienne, Andrea et une allemande, Annélie. Les dès se sont révélés pipés dès le début: la bonhommie était toute incarnée par Annélie alors que l'aigreur passagère se retrouvait davantage chez Andrea. Mais notre trio fonctionnait relativement bien. Hélas, Annélie nous quitta un mois après mon arrivée, ayant achevé son stage pragois.

Dès lors, le face-à-face commença. Lieu du combat: la cuisine. Motifs de disputes: placards et plan de travail. Issue: fatale. Attaquant: Andrea. Défenseur: moi-même. Première salve: par surprise mais devant témoins. Je m'employais à préparer quelque petit gueuleton quand Andrea, ayant surgi de nulle part, décréta, avec la plus grande fermeté et le plus grand sérieux qui soient, qu'il y avait beaucoup trop de nourriture sur le plan de travail. Enfin, trop de nourriture à moi. Jetant mon orgueil aux orties, j'obtempérais sans demander mon reste et je l'enlevais.

Ma rancœur commençait tout juste à s'apaiser quand elle me porta un second coup. Là encore, j'ai été pris de court. Éreinté, je rentrais chargé comme un baudet du supermarché. Je m'activais à ranger mes victuailles quand elle dégaina. Ce fut violent. Sur un ton dénotant un agacement profond, elle me blâma d'utiliser beaucoup trop de placards. Ce qui représentait pour elle quelque chose d'absolument insupportable et scandaleux. Cueilli à froid, j'ai pour le moins mal réagi, sans pourtant pousser le vice à compter le nombre de placards que Madame utilisait (en fait si, j'ai compté: 5 pour elle, 3 pour moi...). Là encore, je me suis résolu à obéir et j'ai transvasé l'ensemble de mon garde-manger dans un seul placard.

La guerre froide débutait depuis quelques heures seulement quand nous fûmes contraints de nous réconcilier et de nous serrer les coudes. Nous scellâmes une amitié éternelle quand vint le jour où le propriétaire nous présenta le prétendant à la location de la chambre laissée vacante par Annélie. Ça s'annonçait épique, ce fut homérique.

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